Le matin était gris.
Un vent froid descendait des falaises et glissait entre les bâtiments du village. Les rues, habituellement animées, étaient silencieuses. On entendait seulement le bruit du bois que l'on réparait, des pierres déplacées, et des voix basses des habitants qui tentaient de remettre de l'ordre après le chaos.
Plusieurs maisons portaient encore les traces de la bataille. Des murs fissurés, des toits effondrés, des marques noires laissées par les flammes.
Le combat d'Akai et la catastrophe qui avait suivi avaient marqué tout le monde.
Mais ce n'était pas seulement la destruction qui pesait sur le village.
C'était la peur.
Et surtout…
La méfiance.
La salle du jugement
Au centre du village se trouvait une grande salle circulaire utilisée pour les décisions importantes. Les piliers massifs étaient gravés de symboles anciens représentant les quatre éléments.
Ce matin-là, la salle était pleine.
Des élèves, des disciples et quelques habitants observaient en silence.
Au centre de la pièce, Akai était à genoux.
Ses poignets étaient entourés de chaînes de pierre créées par le chef de la Terre. Les chaînes étaient épaisses, solides, et parcourues de fines gravures destinées à limiter l'énergie spirituelle.
Autour de la salle, les maîtres des éléments étaient présents.
La cheffe de l'Eau observait calmement.
Le chef de la Terre restait immobile, les bras croisés.
Le maître de l'Air se tenait droit, le regard sévère.
La place du maître du Feu, elle, était vide.
Le silence était lourd.
Finalement, le maître de l'Air prit la parole.
Sa voix était claire et autoritaire.
— Akai…
Tous les regards se tournèrent vers lui.
— Tu es accusé d'avoir perdu le contrôle de ton démon lors du tournoi, provoquant une destruction massive de l'arène et blessant gravement le maître du Feu.
Un murmure parcourut la salle.
Akai baissa légèrement la tête.
Il sentait les regards peser sur lui.
Certains remplis de peur.
D'autres de colère.
Le maître de l'Air continua.
— Explique-nous ce qui s'est passé.
Akai resta silencieux quelques secondes.
Il chercha dans sa mémoire.
Le combat contre Raijin.
La tension.
L'électricité.
Puis…
Le vide.
— Je… ne sais pas.
Les murmures devinrent plus forts.
Le maître de l'Air fronça les sourcils.
— Que veux-tu dire par là ?
Akai répondit lentement.
— Je me souviens du combat contre Raijin… puis tout devient flou.
Il serra légèrement les poings.
— Et après… plus rien.
La provocation
Un rire résonna dans la salle.
Un rire moqueur.
Tout le monde se tourna.
Raijin.
Il se tenait parmi les élèves, adossé contre un pilier, un sourire provocateur sur le visage.
Il s'avança lentement.
— C'est pratique.
Il regarda Akai avec amusement.
— Tu détruis la moitié de l'arène… tu blesses un maître… et tu ne te souviens de rien ?
Quelques élèves échangèrent des regards.
Raijin croisa les bras.
— Peut-être que le démon a simplement pris le dessus.
Il pencha légèrement la tête.
— Ou peut-être que c'est juste ta vraie nature.
Akai leva les yeux vers lui.
— Tais-toi.
Raijin sourit encore plus.
— Pourquoi ?
Il fit un pas de plus.
— Tu vas encore perdre le contrôle ?
Une étincelle rouge traversa brièvement les yeux d'Akai.
Les chaînes de pierre vibrèrent légèrement.
Instantanément, le maître de l'Air leva la main.
Un courant violent frappa Akai et le plaqua au sol.
Le vent se compressa autour de lui comme une pression invisible.
— Assez !
Sa voix résonna dans toute la salle.
Le silence retomba immédiatement.
Le regard du maître de l'Air se posa sur Raijin.
— Ce n'est pas le moment pour tes provocations.
Raijin leva les mains, faussement innocent.
— Je fais juste remarquer l'évidence.
La cheffe de l'Eau observait Akai depuis le début.
Son regard était calme.
Réfléchi.
Elle finit par parler.
— Je ne pense pas qu'il mente.
Le maître de l'Air tourna la tête vers elle.
— Tu en es certaine ?
— Oui.
Elle croisa les bras.
— Je sens son énergie.
Elle observa Akai.
— Il est confus… mais il n'essaie pas de nous tromper.
Le maître de l'Air resta silencieux quelques secondes.
Puis il répondit :
— Ou bien le démon manipule ses souvenirs.
Le chef de la Terre, resté silencieux jusque-là, prit la parole.
Sa voix était grave.
— Ce n'est pas ce qui m'inquiète le plus.
Les regards se tournèrent vers lui.
— Les démons n'auraient jamais pu pénétrer aussi profondément dans le village.
Un silence tomba.
Le maître de l'Air fronça les sourcils.
— Explique-toi.
Le chef de la Terre continua.
— Les barrières qui protègent cet endroit sont anciennes… mais extrêmement solides.
Il regarda la salle.
— Elles ont résisté à des attaques bien plus puissantes que celles d'hier.
La cheffe de l'Eau murmura :
— Tu veux dire…
Le chef de la Terre posa un objet sur la table de pierre au centre de la salle.
Un fragment de pierre gravée.
Un morceau provenant clairement d'un pilier de barrière.
Mais quelque chose n'allait pas.
Les symboles gravés dessus étaient…
Brisés.
Grattés.
Déformés.
Comme si quelqu'un avait volontairement effacé certaines parties du sceau.
La cheffe de l'Eau s'approcha légèrement.
— Impossible…
Le chef de la Terre continua calmement.
— Les barrières n'ont pas cédé.
Il posa un second fragment.
— Elles ont été sabotées.
Le choc
Un murmure parcourut toute la salle.
Des élèves échangèrent des regards inquiets.
Le maître de l'Air resta silencieux.
Son regard se durcit.
— Tu es sûr de toi ?
Le chef de la Terre répondit immédiatement.
— Absolument.
Il posa sa main sur la pierre.
— Ces runes ont été détruites de l'intérieur.
Il leva les yeux vers les autres maîtres.
— Quelqu'un dans le village les a altérées.
La cheffe de l'Eau resta silencieuse.
Le maître de l'Air serra les dents.
Puis il prononça lentement :
— Tu es en train de dire…
Le chef de la Terre termina la phrase.
— Qu'un traître se trouve parmi nous.
Le silence dura quelques secondes.
Puis Raijin éclata de rire.
Un rire bruyant.
— Sérieusement ?
Il désigna Akai.
— Vous cherchez vraiment le traître ?
Il pointa directement Akai du doigt.
— Vous l'avez déjà.
Les murmures reprirent.
Raijin continua.
— Le démon vivant.
Plusieurs élèves acquiescèrent.
La tension monta immédiatement.
Morueshi, debout dans la foule, serra les poings.
Il voulait parler.
Mais il resta silencieux.
Son regard restait fixé sur Akai.
Dans l'esprit d'Akai
Akai ferma les yeux.
La voix résonna de nouveau.
Calme.
Moqueuse.
— Intéressant…
Akai murmura intérieurement :
— Ce n'est pas moi.
Le démon ricana.
— Bien sûr que non.
Sa voix devint presque amusée.
— Mais regarde-les.
— Ils doutent déjà les uns des autres.
Un court silence.
Puis :
— Le chaos… commence.
La nuit était tombée sur le village.
Les réparations continuaient malgré l'obscurité.
Aux limites du village, près des piliers de barrière, une silhouette se tenait dans l'ombre.
Personne ne semblait l'avoir remarquée.
La personne posa lentement la main sur la pierre gravée.
Les symboles anciens brillèrent légèrement.
Comme s'ils répondaient à ce contact.
Puis la lumière s'éteignit.
La silhouette murmura doucement :
— Pas encore.
Elle retira sa main.
Puis disparut dans l'obscurité.
Comme si elle n'avait jamais été là.
