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Chapter 6 - Chapitre 6— Les Ombres du Marais

Les empreintes étaient fraîches.

Darek s’agenouilla dans la boue sombre des marais de Galdur et passa lentement sa main au-dessus de la trace.

La marque était immense.

Quatre doigts massifs profondément enfoncés dans la terre détrempée. Entre eux, la boue s’était lentement remplie d’eau stagnante.

« Il est passé par ici ce matin », murmura-t-il.

Le reste du groupe se rapprocha.

Lyria croisa les bras en observant la piste.

« Combien de temps ? »

Darek renifla légèrement l’air humide, puis examina la boue autour de la trace.

« Deux heures. Peut-être trois. »

Milo observa les empreintes qui disparaissaient entre les roseaux.

« Donc il est proche. »

Aren resta silencieux.

Il observait le terrain.

Les marais de Galdur étaient vastes, mais pas totalement plats. Des zones légèrement surélevées formaient des îlots de terre ferme entre les étendues d’eau boueuse.

Certains arbres poussaient penchés, leurs racines exposées comme les os d’une créature morte.

La brume flottait au-dessus de l’eau stagnante.

Et partout…

Des traces de vie.

Petits reptiles.

Insectes.

Oiseaux des marais.

Mais aucune grande créature.

Ce qui signifiait une chose.

Le Barroth dominait cette zone.

Lyria brisa le silence.

« On ne va pas le charger directement. »

Elle sortit la carte de la région.

« Le Barroth est territorial. »

Elle pointa un secteur du marais.

« Il patrouille probablement entre ces trois points. »

Darek hocha la tête.

« Les empreintes vont dans cette direction. »

Il désigna un passage étroit entre deux groupes d’arbres tordus.

Milo se pencha pour observer la trace.

« Et s’il revient par là ? »

Lyria répondit immédiatement.

« Alors on aura une position de repli. »

Elle se tourna vers Aren.

« Tu as déjà traqué un monstre pendant longtemps ? »

Aren répondit simplement :

« Oui. »

Elle sembla satisfaite.

« Bien. »

Elle replia la carte.

« On va d’abord observer. »

La traque d’un grand monstre était rarement rapide.

Contrairement aux histoires racontées dans les tavernes, les chasseurs passaient souvent plus de temps à observer qu’à combattre.

Le groupe avança lentement à travers les marais.

Chaque pas devait être calculé.

La boue pouvait avaler une botte jusqu’à la cheville.

Parfois jusqu’au genou.

Et le bruit d’un pas mal placé pouvait alerter une créature à plusieurs centaines de mètres.

Darek ouvrait la marche.

Ses yeux suivaient les traces laissées par le Barroth.

L’empreinte du monstre apparaissait régulièrement dans la boue.

Parfois accompagnée de marques profondes.

« Il a chargé quelque chose ici », murmura Darek.

Aren observa la zone.

Un arbre avait été brisé net.

Le tronc s’était fendu comme s’il avait été frappé par un bélier.

Milo siffla doucement.

« Je n’aimerais pas être sur le chemin de cette chose. »

Ils continuèrent.

Plus ils avançaient, plus les signes du passage du monstre devenaient évidents.

Boue retournée.

Branches écrasées.

Et parfois…

Des trous.

Immenses.

Le Barroth creusait souvent dans la terre humide pour se recouvrir de boue fraîche.

Aren observa l’un de ces trous.

L’eau au fond était encore trouble.

Il était passé récemment.

Très récemment.

Lyria leva la main.

Le groupe s’arrêta immédiatement.

Elle désigna un petit promontoire rocheux.

« Position d’observation. »

Ils grimpèrent lentement sur la petite élévation.

De là, ils pouvaient voir une large étendue du marais.

Et surtout…

Un bassin d’eau boueuse.

Darek murmura :

« Un point d’eau. »

Lyria hocha la tête.

« Les Barroth viennent souvent ici. »

Elle observa les alentours.

« S’il a perdu sa boue… il reviendra se recouvrir ici. »

Milo s’assit lentement contre un rocher.

« Donc on attend ? »

Lyria répondit calmement :

« On observe. »

Les heures passèrent lentement.

La traque exigeait une patience que peu de chasseurs possédaient réellement.

Le soleil monta dans le ciel.

La brume se dissipa lentement.

Les insectes des marais devinrent plus bruyants.

Et finalement…

Aren entendit quelque chose.

Un bruit.

Lointain.

Un craquement.

Puis un grondement.

Lyria leva immédiatement la main.

Tout le groupe se figea.

Le bruit se répéta.

Cette fois plus fort.

Un pas.

Lourd.

Puis un autre.

La surface de l’eau trembla légèrement.

Et finalement…

Le Barroth apparut.

La créature sortit lentement de la brume.

Immense.

Encore plus massive que ce qu’Aren avait imaginé en lisant le livre.

Son corps était couvert d’une épaisse couche de boue séchée.

Chaque pas faisait trembler la terre.

Sa tête massive se balançait lentement.

Et son souffle ressemblait au grondement d’une forge.

Milo murmura :

« Par les Anciens… »

Le Barroth marcha jusqu’au bassin.

Puis plongea lentement son corps dans la boue liquide.

La boue glissa sur sa carapace comme une seconde peau.

Lyria observa attentivement.

« Vous voyez ? »

Elle murmura :

« La boue agit comme une armure. »

Aren hocha légèrement la tête.

Le livre disait vrai.

Sans cette boue, la carapace du Barroth était vulnérable.

Mais tant qu’elle restait intacte…

Le monstre pouvait absorber une grande partie des coups.

Le Barroth resta plusieurs minutes dans le bassin.

Puis il en sortit lentement.

Secouant son corps.

Des plaques de boue tombèrent dans l’eau.

La créature renifla l’air.

Aren sentit son corps se tendre.

Le monstre était puissant.

Mais surtout…

Il était vivant.

Imprévisible.

Le Barroth finit par s’éloigner.

Sa silhouette disparaissant lentement dans les roseaux.

Le silence revint.

Lyria parla la première.

« Bon. »

Elle regarda le groupe.

« On a ce qu’il nous faut. »

Elle sortit la carte.

« Demain matin, on l’attire ici. »

Elle pointa une zone où plusieurs ruisseaux traversaient le marais.

« L’eau est plus profonde ici. »

Darek comprit immédiatement.

« Ça enlèvera sa boue. »

Lyria hocha la tête.

« Exactement. »

Elle regarda Aren.

« Quand la boue disparaîtra… »

Aren termina la phrase.

« Ses flancs seront vulnérables. »

Milo sourit.

« Et c’est là qu’on frappe. »

Ils passèrent l’heure suivante à préparer le terrain.

Repérer les zones solides.

Identifier les chemins de fuite.

Choisir des positions élevées.

Installer un piège simple.

La chasse ne consistait jamais simplement à frapper un monstre.

C’était un jeu de stratégie.

Une danse dangereuse entre prédateur et proie.

Et parfois…

Les rôles s’inversaient.

Lorsque la nuit tomba, le groupe retourna au camp.

Le feu fut allumé.

Les rations furent partagées.

Personne ne parlait beaucoup.

Demain serait un jour dangereux.

Aren observait les flammes.

Dans sa tête, il imaginait déjà le combat.

Le Barroth chargeant.

La boue volant dans toutes les directions.

Les coups d’armes frappant la carapace.

Aucun plan ne survivait vraiment au premier contact avec un monstre.

Mais un bon plan…

Augmentait simplement les chances de survie.

Et pour un chasseur…

C’était souvent suffisant.

Dans l’obscurité des marais, quelque part au loin…

Le Barroth poussa un grondement profond.

Comme un défi lancé au monde.

Et demain…

Les chasseurs répondraient.

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