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PHÉROMONES ENTRE NOUS

Amberlie_Anderson
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Chapter 1 - LA PREMIÈRE FAILLE

Chapitre 1

À l'université, personne ne les regardait sans les remarquer. Pas parce qu'ils étaient toujours ensemble. Au contraire, pendant longtemps, ils avaient donné l'impression de graviter sur deux orbites différentes.

L'un attirait la lumière sans effort, avec son rire facile, ses épaules larges, sa façon d'entrer quelque part comme si l'air lui appartenait. L'autre restait plus en retrait, calme, poli, presque trop discret pour le tumulte du campus - et pourtant, il suffisait qu'il baisse les yeux ou qu'il laisse passer un silence un peu trop long pour que quelque chose serre la poitrine de ceux qui le regardaient.

Ils se connaissaient depuis l'enfance. Tout le monde le savait. Ce que personne ne savait, en revanche, c'était à quel point cette proximité leur collait encore à la peau, même maintenant, même après les années, même après la puberté secondaire et l'émergence des phéromones qui avaient rebattu toutes les cartes de leur monde.

Dans cette société, les désignations n'avaient jamais été aussi rigides qu'on le racontait dans les vieux romans. Les alphas, les omégas, les bêtas - chacun portait une chimie particulière, un sillage, une réaction du corps. Mais les lois avaient changé. La médecine aussi. Les bêtas pouvaient désormais concevoir, porter, construire une famille. Cela avait apaisé bien des choses.

Pas tout.

Certaines odeurs continuaient de faire vaciller les certitudes. Certaines présences continuaient de dérégler les rythmes les plus maîtrisés. Et chez eux, c'était devenu impossible à ignorer.

Noah le comprit vraiment un soir de fin d'automne, dans l'appartement qu'ils partageaient depuis presque un an.

La pluie frappait doucement contre les vitres entrouvertes. Le salon baignait dans une lumière chaude, et l'odeur du dîner flottait encore dans l'air. Noah était assis à la table, un livre ouvert devant lui, mais il n'avait pas tourné de page depuis plusieurs minutes. Il entendait les mouvements de Maël dans la pièce d'à côté - un tiroir qu'on referme, un soupir, le froissement d'un tissu qu'on enlève.

Des bruits ordinaires. Rien de plus.

Et pourtant, son corps entier s'était tendu.

Il savait reconnaître les signes, maintenant : la chaleur qui lui montait au cou, le trouble diffus dans son ventre, cette impression absurde que l'air devenait plus dense, plus lourd, imprégné de quelque chose de familier et d'interdit à la fois.

Maël sortit enfin de sa chambre, les cheveux encore humides, un t-shirt sombre collé par endroits à sa peau, un pantalon de survêtement porté bas sur les hanches. Il avait cette décontraction insolente des gens qui ignorent l'effet qu'ils produisent - ou qui font semblant de l'ignorer.

Il s'arrêta en voyant Noah figé devant son livre.

Tu lis ou tu fais semblant ?

Noah leva les yeux, trop vite. Erreur.

Maël était appuyé contre l'encadrement de la porte, grand, solide, beau d'une manière presque agaçante. Il avait gardé quelque chose du garçon exubérant qu'il avait toujours été, mais l'âge avait affiné le reste. Ses traits étaient plus nets, sa carrure plus imposante, sa voix plus basse. Et depuis quelques mois, depuis que leurs phéromones semblaient réagir l'un à l'autre sans prévenir, sa simple présence avait pris une densité presque dangereuse.

Je lis, répondit Noah, un peu sec.

Maël esquissa ce sourire en coin que Noah détestait autant qu'il le connaissait par cœur.

Menteur.

Noah détourna les yeux.

C'était ça, le problème. Maël le connaissait trop bien. Il savait reconnaître la crispation de ses épaules, la manière dont il pinçait les lèvres quand il voulait cacher quelque chose, le silence très précis qui annonçait chez lui une fuite imminente.

Ils avaient grandi ensemble. Ils avaient été presque inséparables. Enfants, adolescents, puis jeunes adultes.

Ils avaient survécu aux moqueries du collège, aux séparations de classes, aux premières jalousies absurdes, aux choix d'orientation, aux nuits à réviser, aux déménagements.

Ils avaient traversé tout ça sans jamais mettre de mot sur ce qui vibrait parfois entre eux.

Mais depuis l'université, le non-dit avait changé de nature. Il ne ressemblait plus à une hésitation. Il ressemblait à une provocation.

Maël s'approcha lentement, jusqu'à poser une main sur le dossier de la chaise de Noah.

Tu vas encore m'éviter combien de temps ?

La voix était légère. Pas la question.

Noah sentit son souffle se bloquer.

Je ne t'évite pas.

Ah bon ?

Maël se pencha légèrement. Juste assez pour que Noah capte pleinement son odeur. Quelque chose de chaud, propre, troublant. Une note boisée et vivante qui glissa sous sa peau comme une menace douce.

Noah serra les doigts sur les bords du livre.

Recule, dit-il à voix basse.

Maël ne bougea pas.

Pourquoi ?

Cette fois, Noah releva les yeux. Il aurait voulu y mettre de l'agacement, du contrôle, n'importe quoi qui ressemble à une défense digne. Mais tout ce qu'il trouva, ce fut une sincérité nue, presque féroce.

Parce que tu sais très bien pourquoi.

Le silence qui suivit fut si dense qu'il parut avaler le bruit de la pluie.

Le sourire de Maël disparut. Quelque chose changea dans son regard. Une lueur plus grave, plus attentive. Comme s'il venait enfin d'atteindre la limite qu'il tournait autour depuis des semaines.

Dis-le, murmura-t-il.

Noah sentit sa gorge se serrer.

Il aurait dû se lever. Le repousser. Partir dans sa chambre et fermer la porte, comme il l'avait déjà fait avant.

Mais Maël était trop près. Et plus encore, il était enfin sérieux.

Tu me rends fou, lâcha Noah.

Les mots tombèrent entre eux avec une brutalité silencieuse.

Maël ne bougea plus du tout.

Noah continua, parce qu'une fois la brèche ouverte, il n'avait plus la force de la refermer :

Ton odeur, ta voix, ta façon de me toucher comme si c'était rien... Tu me rends fou, et toi tu continues à sourire comme si tu ne voyais pas ce que ça me fait.

Le souffle de Maël vacilla à peine. Juste assez pour trahir que, lui aussi, n'était pas intact.

Je le vois, dit-il enfin.

La réponse fit l'effet d'une décharge.

Noah resta immobile, incapable de détourner les yeux.

Je le vois depuis longtemps.

La pluie redoubla contre la vitre. Quelque part dans l'appartement, le réfrigérateur se remit à gronder, puis plus rien. Plus que cette proximité insupportable, cette chaleur, ce vertige.

Alors pourquoi tu continues ? demanda Noah dans un souffle.

Maël inclina légèrement la tête. Son visage n'était plus qu'à quelques centimètres...