Le soleil était enfin revenu.
Mais personne ne se réjouissait.
La lumière traversait les nuages gris.
Elle éclairait les rues détruites.
Les immeubles éventrés.
Les voitures abandonnées.
Les traces de sang.
Les incendies qui continuaient de brûler ici et là.
Paris était silencieuse.
Pas le silence surnaturel de la nuit.
Un silence humain.
Celui qui arrive après une catastrophe.
Celui qui apparaît lorsque les survivants commencent seulement à comprendre ce qu'ils viennent de vivre.
Des sirènes retentissaient au loin.
Des ambulances circulaient entre les décombres.
Des survivants sortaient lentement des bâtiments.
Certains appelaient leurs proches.
D'autres cherchaient leurs enfants.
D'autres ne faisaient que regarder le ciel.
Comme s'ils attendaient que les yeux réapparaissent.
Mais ils ne revinrent pas.
La lune était redevenue normale.
Une simple lune.
Pâle.
Presque innocente.
Comme si elle n'avait jamais souri.
Comme si elle n'avait jamais regardé le monde.
Comme si elle n'avait jamais ouvert une fissure dans le ciel.
Au milieu d'une avenue détruite...
Tsuki était toujours à genoux.
Il n'avait pas bougé.
Depuis plusieurs minutes.
Il regardait exactement l'endroit où Akai avait disparu.
Le soleil éclairait son visage.
Mais il ne semblait même pas le sentir.
— Akai...
Sa voix était faible.
Personne ne répondit.
Il ferma les yeux.
Puis les rouvrit.
Toujours rien.
Pas une présence.
Pas une voix.
Pas même cette sensation étrange qu'il ressentait habituellement lorsqu'Akai était proche.
Rien.
Comme si Akai n'avait jamais existé.
Tsuki se releva lentement.
Ses jambes tremblaient.
Il serra les poings.
— On va te retrouver.
Cette fois...
Sa voix était plus ferme.
— Peu importe où tu es.
Il regarda Noctis.
— Même si je dois chercher pendant dix ans.
Noctis ne répondit pas.
Tsuki s'approcha.
— Tu m'as entendu ?
Noctis fixait toujours le ciel.
— Oui.
— Alors pourquoi tu ne dis rien ?
Noctis resta silencieux.
Tsuki fronça les sourcils.
— Noctis.
Finalement...
Noctis baissa les yeux.
— Parce que je ne sais même pas si nous pouvons le retrouver.
Tsuki se figea.
— Qu'est-ce que tu racontes ?
— Ce qui a pris Akai...
Noctis marqua une pause.
— Ce n'était pas une téléportation.
Tsuki ne répondit pas.
— Ce n'était pas non plus une mort.
— Alors quoi ?
Noctis regarda l'endroit vide.
— Je ne sais pas.
Tsuki serra les dents.
— Tu sais toujours quelque chose.
— Pas cette fois.
Pour la première fois...
Tsuki vit quelque chose d'étrange dans les yeux de Noctis.
Pas de la peur.
Pas exactement.
Du doute.
Un doute profond.
Comme si toutes les certitudes auxquelles il s'était accroché pendant des siècles venaient de disparaître avec Akai.
Plus loin...
Les quatre Maîtres des Éléments s'étaient réunis.
Ils ne parlaient pas.
Le Maître du Feu regardait ses mains.
Aucune flamme ne dansait entre ses doigts.
Le Maître de l'Eau observait la Seine.
Le fleuve avait repris son cours normal.
Le Maître de la Terre était assis contre un mur.
Il semblait épuisé.
Et le Maître du Vent regardait les nuages.
Le vent était revenu.
Mais aucun d'eux ne semblait rassuré.
Finalement...
Le Maître du Feu parla.
— Il a disparu.
Personne ne répondit.
— Pas l'entité.
Il regarda les autres.
— Akai.
Le Maître de l'Eau baissa les yeux.
— Nous ne savons même pas s'il est encore vivant.
— Il est vivant.
La voix venait de Tsuki.
Tous se tournèrent vers lui.
Le Maître de la Terre fronça les sourcils.
— Comment peux-tu en être certain ?
Tsuki répondit sans hésiter.
— Parce que je le sens.
Silence.
— Je ne peux pas l'expliquer.
Il posa une main sur sa poitrine.
— Mais quelque part...
Son regard se perdit.
— Il est encore là.
Noctis observa Tsuki.
Puis détourna les yeux.
Il ne voulait pas lui dire que lui aussi avait ressenti quelque chose.
Une fraction de seconde.
Juste avant la disparition d'Akai.
Une présence.
Une seconde conscience.
Et surtout...
une sensation impossible à expliquer.
Comme si Akai n'avait pas été emporté.
Comme s'il avait été...
récupéré.
Quelques rues plus loin...
Arai marchait seule.
Elle avançait parmi les décombres.
Elle avait passé toute la matinée à chercher.
Elle avait retourné des morceaux de béton.
Demandé aux survivants.
Interrogé les Éclipsés.
Mais personne ne savait.
Personne ne l'avait vu après la disparition.
Elle s'arrêta devant un bâtiment détruit.
Un morceau de tissu était accroché à une barre métallique.
Elle le reconnut immédiatement.
C'était celui d'Akai.
Arai resta immobile.
Sa main trembla.
Elle attrapa doucement le morceau de tissu.
Puis le serra contre elle.
— Idiot...
Sa voix se brisa.
— Où est-ce que tu es encore allé...
Elle baissa la tête.
Une larme tomba.
Elle l'essuya immédiatement.
Puis une autre.
Elle ne les essuya pas.
Elle resta simplement là.
Seule.
Pour la première fois depuis qu'elle connaissait Akai...
elle ne savait pas où il était.
Et cette absence lui faisait plus mal qu'elle ne voulait l'admettre.
Parce qu'elle n'avait jamais eu le courage de lui dire.
Pas une seule fois.
Ce qu'elle ressentait réellement.
Elle avait toujours pensé qu'elle aurait le temps.
Qu'un jour...
elle lui parlerait.
Qu'un jour...
elle lui avouerait.
Mais maintenant...
elle ne savait même pas s'il reviendrait.
Arai serra le morceau de tissu.
— Tu dois revenir.
Un silence.
— Tu m'entends ?
Rien.
Elle ferma les yeux.
— Parce que j'ai encore quelque chose à te dire.
Pendant ce temps...
Ryuuchi était assis sur les marches d'un immeuble.
Il regardait ses mains.
Le souvenir du combat lui revenait.
Le démon.
L'homme qu'il avait affronté.
La sensation de ne pas combattre seulement un ennemi...
mais quelqu'un qui avait été victime de quelque chose.
Il leva les yeux vers le ciel.
— Tout ça...
Il murmura.
— Et maintenant Akai disparaît.
Il serra les poings.
— Qu'est-ce qu'on est censés faire ?
Personne ne répondit.
Mais derrière lui...
une voix résonna.
— Continuer.
Ryuuchi se retourna.
Un des Maîtres venait d'arriver.
— Continuer ?
— Oui.
Le Maître regarda les ruines.
— Parce que c'est exactement ce que cette chose veut que nous arrêtions de faire.
Ryuuchi fronça les sourcils.
— Vous pensez qu'elle va revenir ?
Le Maître ne répondit pas immédiatement.
Puis :
— Je pense que ce qui s'est passé cette nuit n'était que le commencement.
Ryuuchi sentit un frisson parcourir son dos.
Dans un bâtiment à moitié détruit...
Noctis était seul.
Il avait étalé plusieurs anciens documents devant lui.
Des cartes.
Des textes.
Des symboles.
Des fragments de prophéties.
Tsuki entra.
— Tu cherches quoi ?
Noctis ne leva pas les yeux.
— Une erreur.
— Une erreur ?
— Dans les anciens textes.
Tsuki s'approcha.
— Pourquoi ?
Noctis posa un doigt sur une vieille inscription.
— Parce que tout ce que nous pensions savoir sur l'entité vient de ces textes.
— Et ?
— Et ils sont trop cohérents.
Tsuki fronça les sourcils.
— Ça n'a aucun sens.
— Justement.
Noctis releva les yeux.
— Les prophéties qui parlent de cette chose...
Il prit plusieurs parchemins.
— Elles datent de périodes différentes.
— Et alors ?
— Elles décrivent toutes la même chose.
— Une entité derrière la lune.
— Oui.
Noctis marqua une pause.
— Mais aucune ne décrit son apparence.
Tsuki resta silencieux.
— Aucune ne décrit son nom.
— ...
— Aucune ne décrit son origine.
Tsuki comprit.
— Alors qu'est-ce qu'elles décrivent ?
Noctis répondit :
— Ses conséquences.
Silence.
— Elles parlent du ciel.
— De la disparition des hommes.
— Des démons.
— De l'Éclipse.
— Mais jamais de ce qui provoque tout cela.
Tsuki regarda les documents.
— Pourquoi ?
Noctis fixa une inscription.
— Parce que quelqu'un a peut-être volontairement supprimé cette partie.
Tsuki pâlit.
— Quelqu'un ?
Noctis hocha lentement la tête.
— Ou quelque chose.
Il prit alors un dernier document.
Plus ancien que tous les autres.
Le papier était presque noir.
L'encre avait disparu par endroits.
Mais une phrase était encore visible.
Noctis la lut.
Puis son visage changea.
Tsuki le remarqua.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
Noctis ne répondit pas.
— Noctis.
Il posa lentement le document sur la table.
— J'ai déjà vu cette phrase.
— Où ?
Noctis regarda Tsuki.
— Dans les archives du premier Élu.
Tsuki se rapprocha.
— Qu'est-ce qu'elle dit ?
Noctis resta silencieux quelques secondes.
Puis il lut :
— « Lorsque celui qui porte le cœur du démon disparaîtra... »
Il s'arrêta.
Tsuki sentit son cœur accélérer.
— Continue.
Noctis reprit.
— « ...les Maîtres chercheront celui qui dort derrière la lune. »
Silence.
Puis Noctis retourna lentement la page.
Il y avait une seconde phrase.
— Mais...
Tsuki fronça les sourcils.
— Mais quoi ?
Noctis lut.
Son visage devint livide.
— « Ils chercheront au mauvais endroit. »
Le silence envahit la pièce.
Tsuki fixa Noctis.
— Au mauvais endroit...
Noctis ne répondit pas.
Il regarda la fenêtre.
Le soleil brillait toujours.
Puis il murmura :
— Nous avons peut-être passé des siècles à chercher une chose...
Il regarda l'endroit où Akai avait disparu.
— alors qu'elle n'était peut-être jamais là où nous le pensions.
Très loin.
Ailleurs.
Dans un endroit que personne sur Terre ne pouvait atteindre...
Akai ouvrit les yeux.
Il ne savait pas où il était.
Il ne sentait plus le sol.
Il ne sentait plus son corps.
Il n'y avait aucun vent.
Aucun bruit.
Aucune lumière.
Seulement une obscurité immense.
Il essaya de bouger.
Son corps répondit.
Lentement.
Il porta une main devant son visage.
Elle était là.
Il respirait.
Il était vivant.
— Où...
Sa voix résonna.
Mais aucun écho ne revint.
Akai se retourna.
Rien.
Puis...
une lumière apparut.
Très loin.
Une petite lumière.
Comme une étoile.
Elle se rapprocha.
Lentement.
Puis davantage.
Akai recula.
La lumière devint une silhouette.
Une personne.
Un homme.
Il lui ressemblait.
Mais quelque chose était différent.
Ses yeux.
Son visage.
Son expression.
Une fatigue impossible à décrire.
Akai resta figé.
— Qui es-tu ?
La silhouette ne répondit pas.
Elle continua d'avancer.
Puis elle s'arrêta à quelques mètres.
Akai sentit son cœur accélérer.
Parce qu'il connaissait cette voix.
Une voix qu'il n'avait entendue qu'une seule fois.
Avant de disparaître.
La silhouette leva les yeux.
Et murmura :
— Tu as enfin compris.
Akai recula.
— Qui es-tu ?
L'homme le regarda.
Puis...
il sourit.
Un sourire calme.
Presque doux.
Akai ne comprenait pas.
Il s'attendait à une réponse.
À une explication.
À quelque chose.
Mais l'homme ne dit rien.
Il continua simplement de le regarder.
Puis son sourire s'élargit légèrement.
— Tu le verras bien assez tôt.
Akai sentit un frisson parcourir tout son corps.
— Qu'est-ce que ça veut dire ?
Aucune réponse.
Le sourire resta sur le visage de l'homme.
Puis...
BOOOOOOOOOOOOOOM.
Pendant ce temps...
Très loin des Maîtres des Éléments.
Dans une partie de Paris où personne ne se trouvait encore...
Les ruines s'étendaient à perte de vue.
Un immeuble éventré dominait les rues.
La fumée montait encore dans le ciel.
Des morceaux de verre jonchaient le sol.
Aucun survivant.
Aucun démon.
Aucun bruit.
Seulement le vent.
Puis...
Une silhouette apparut au sommet de l'immeuble.
Elle était immobile.
Elle regardait Paris.
Les rues détruites.
Les incendies.
Les bâtiments effondrés.
Et au loin...
l'endroit où Akai avait disparu.
C'était le Maître de la Foudre.
Il ne semblait ni choqué...
Ni triste.
Au contraire.
Il souriait.
Un sourire étrange.
Presque amusé.
Ses yeux brillaient légèrement.
Il resta silencieux quelques secondes.
Puis...
— Hé...
Un petit rire lui échappa.
— Hé hé hé...
Il baissa légèrement la tête.
Puis regarda une dernière fois les ruines.
— Enfin...
Le vent souffla autour de lui.
Quelques étincelles apparurent autour de ses doigts.
Son sourire s'agrandit.
— Ça commence.
Une décharge traversa soudain le ciel.
KRAAAAAAAK.
Le Maître de la Foudre disparut dans un éclair.
Très loin de là...
Akai regardait toujours l'homme devant lui.
Il ne comprenait toujours pas.
Mais quelque chose lui disait une chose.
Ce sourire...
Il l'avait déjà vu.
Quelque part.
Dans un souvenir qu'il ne possédait pas encore.
Puis l'obscurité se referma.
Et un nouveau battement résonna.
BOOOOOOOOOOOOOOM.
À suivre...
